Visuel officiel de la saison #6
Draw Loom
Photo : Simon Castelli-Kérec
Courtesy Les Tanneries – CAC, Amilly

Élodie Lesourd
Visuel officiel de l’exposition Accord final
Doubles and Trebles, 2020
(courtesy R.D’Hers)
Acrylique sur MDF
Courtesy de l’artiste

Nikolaus Gansterer & Klaus Speidel
Visuel officiel de l’exposition Figures de pensée
Figures de pensée
, 2019-2021
Courtesy des artistes

Marie Lelouche
Visuel officiel de l’exposition Out of Spaces
Unforeseen Spaces, 2021 (détail de visuel de recherche)
Courtesy de l’artiste
© Marie Lelouche, ADAGP, Paris, 2021

Visuel officiel de l’exposition Résurgence
Résurgence
, 2021 (visuel de recherche)
Photo : Margot Montigny
Courtesy de l’artiste

MARTINE ABALLÉA, DOMINIQUE DE BEIR, NIKOLAUS GANSTERER, MARIE LELOUCHE, ÉLODIE LESOURD […] / COMMISSAIRES INVITÉS : KLAUS SPEIDEL […] / PROGRAMMATION : ÉRIC DEGOUTTE

Au terme de la cinquième saison de programmation artistique Dis] Play Off [Line qui a porté haut le pari d’envisager, entre continuités et discontinuités, le fil d’un récit maintenu, marquant ainsi sa considération d’une actualité s’annonçant dès l’été 2020 comme chahutée, la sixième saison Draw Loom* s’ingénie depuis le 25 septembre dernier et ce jusqu’au 28 août prochain à remettre l’ouvrage sur le métier.

La poésie d’un tissage s’opérant tient sans nul doute dans la perception des entremêlements des fils, la danse et l’envolée des crochets, des aiguilles et des couteaux qui, peu à peu, viennent organiser la figure, le motif, l’ordonnancement des couleurs, l’apparentement des matières et des formes. L’émergence du dessin s’opère graduellement et se déploie sur la surface générée : désormais de fil en fil, de trame en chaîne, l’entrecroisement se fait tissu et le visible s’y invente pour le regardeur curieux de voir ainsi l’étoffe des choses se manifester.

L’exposition Out of Spaces de Marie Lelouche rejoint dès le 18 décembre 2021 ce cheminement programmatique. En cela, elle participe de cette invitation renouvelée – dans la séquence de chacune des expositions, dans l’entrelacement des liens de programmation – à voir les différentes manifestations de ce qu’est le temps de la création la plus actuelle pour mieux donner un visage à ce qui est son « sujet » aujourd’hui. Car il s’agit bien de cela : approcher au plus près le « sujet » de cette création, celui produit dans le geste de l’artiste qui, en retour, désigne ce qui fait l’artiste aujourd’hui.
Alors peut s’ourdir la trame des choses.

L’approche de Marie Lelouche s’inscrit bien dans ces enjeux d’aller et retour, de passage entre des strates, des systèmes, des dispositifs, des temps, des matières et des formes, entre les réalités constituées de sa capacité à pointer des états de fait et les virtualités qu’elle développe qui viennent les envelopper autant que s’y lover, s’y draper.

Son monde est le nôtre.

Dans l’épaisseur de ce qui s’y fait corps, nos  yeux (toujours plus) « augmentés » ne cessent de parcourir l’ensemble des tissus qui le constitue : insatiables dans leur quête de définition, encore plus technologiques, encore plus puissants, ces outils de perception des choses – et d’appropriation du monde – échouent pourtant à nous satisfaire parce qu’il se trame toujours d’autres réalités et que « montrer, c’est toujours plus et autre chose que le simple geste du dévoilement ou de la présentation […]** ». 

Marie Lelouche, avec une grande poésie, nous permet de prendre notre envol pour nous emmener vers des ailleurs, là où s’apprécie la fragile diversité de ce monde et, à travers elle, une forme de beauté du manque sans lequel l’importance des traces, des empreintes, des souvenirs, l’importance de nos attentions portées au sensible, à l’immatériel, au temporel, l’importance de considérer nos besoins de construction, nos chaînes logiques autant que langagières, ne seraient pas révélées, ne pouvant être considérées qu’à l’aube des expériences, des attitudes, de ce qui fonde nos existences. Alors, telle une architecture dans le ciel, nos lieux de vie se font volières aux fenêtres ouvertes.
Et Jacques Prévert et Paul Grimault nous y font signe.

Éric Degoutte

* « Draw loom » est le terme anglais pour « métier à tisser ». Il en désigne toute une famille, mais il a trouvé son apogée avec le « métier à la tire » dont celui qui l’a perfectionné le plus, en l’automatisant, est le Français Joseph‑Marie Charles Jacquard. Comme bien souvent, le passage par une langue autre donne à percevoir des réalités éclairantes dans notre manière de nommer les choses. De « draw » (« dessiner ») nous percevons que l’attention pointe ici, dans la langue et l’esprit anglais, à ce qui est produit dans le geste, là où la terminologie française met en avant la mécanique et le fonctionnement pensés pour le dépasser. « Loom » est un terme plus complexe à aborder, renvoyant à une forme de « vision surplombante » qui peut être à la fois liée à la posture du tisseur qui voit émerger la forme sur le métier mais aussi à l’objectif du rendu (en tant qu’objet produit) qui l’ordonnance et la contrôle, dès son état de « figure de pensée », esquissée et projetée, que l’on nomme aussi « carton ». Ces cartons peints servent à la réalisation des tapisseries et des tissages. Il est ainsi plaisant de voir que la révolution du métier Jacquard s’est produite dans une transmutation de cette idée de carton devenu carte perforée, ouvrant le champ à la pensée numérique binaire dont la trame produite irradie notre monde – et notre rapport avec lui – aujourd’hui.
** Jacques Aumont, « L’œil sa muse – Notes sur le cinéma d’Érik Bullot », 2006 / source : https://www.pointligneplan.com/document/lil-sa-muse-notes-sur-le-cinema-derik-bullot/


CALENDRIER DE LA SAISON #6

25 septembre 2021 à partir de 15h30 : inauguration de la 6e saison artistique / vernissage du 1er cycle d’expositions

Accord final, Élodie Lesourd, Verrière et Petite Galerie, visible jusqu’au  28 novembre 2021
Figures de pensée / Denkbewegungen, Nikolaus Gansterer et Klaud Speidel, Galerie Haute, visible jusqu’au 13 février 2022
Résurgence, Martine Aballéa, Grande Halle, visible jusqu’au 6 mars 2022


18 décembre 2021 à partir de 15h30 : vernissage de l’exposition du 2è cycle

Out of Spaces, Marie Lelouche, Verrière et Petite Galerie, visible jusqu’au  27 février 2022


29 janvier 2022, à partir de 15h30

* Conférence du cinéaste et théoricien Érik Bullot inspirée de son intervention dans le cadre du séminaire Cinéma Braille – L’Ésthétique à l’heure du pixel #2 dirigé par Jacques Aumont, Emmanuelle André et Antonio Somaini présenté en octobre 2021 au Jeu de Paume. Partant du postulat que « l’on peut relier le principe de perforation du film analogique à l’histoire des codes et des systèmes d’écriture comme le morse, le braille, le télégraphe, les rouleaux du piano mécanique… », Érik Bullot s’interroge : qu’en est-il du pixel ? Appartient-il encore à l’histoire des perforations ? Peut-on voir le cinéma avec son code ? Autant de questionnements qui entrent à la fois en résonance avec le fil de saison Draw Loom tout comme avec le travail en particulier de Marie Lelouche avec laquelle il sera invité à discuter. Cette première présence d’Érik Bullot dans la programmation du centre d’art marquera par ailleurs le lancement de sa résidence d’écriture !


12 février 2022, à partir de 15h30

* Conférence-performance de Nikolaus Gansterer & Klaus Speidel dans le cadre du finissage de l’exposition Figures de pensée / Denkbewegungen

[ Tissage en cours… ]


>> Retrouvez le fil de la programmation sur : http://www.lestanneries.fr/agenda/