Erik Dietman
Le frère de Dieu, 2002
Courtesy de la galerie Papillon
© ADAGP, Paris, 2021
*
Stéphane Thidet
Une histoire vraie, 2016
Courtesy de la galerie Aline Vidal
*
Vue de l’exposition Presqu’île
Parc de Sculptures
Photo : Ville d’Amilly
Courtesy des artistes,
des Tanneries – CAC, Amilly

Osman Dinç
La fontaine à la pluie, 2013
*
Antoine Dorotte
Una misteriosa bola, 2011
*
Vue de l’exposition Presqu’île
Parc de Sculptures
Photo : Les Tanneries
Courtesy des artistes
et des Tanneries – CAC, Amilly
© ADAGP, Paris, 2021

Bernhard Rüdiger
Siècle XXI !, 2007
Vue de l’exposition Presqu’île
Parc de Sculptures
Photo : Simon Castelli-Kérec
Courtesy de l’artiste
et des Tanneries – CAC, Amilly
© ADAGP, Paris, 2020

Cécile Le Talec
Folies Mélodiques, 2019
Vue de l’exposition Presqu’île
Parc de Sculptures
Photo : Aurélien Mole
Courtesy de l’artiste
et des Tanneries – CAC, Amilly
© ADAGP, Paris, 2021

Pierre Tual
Renouée du Japon, 2012
Vue de l’exposition Presqu’île
Parc de Sculptures
Photo : Simon Castelli-Kérec
Courtesy de l’artiste
et des Tanneries – CAC, Amilly
© ADAGP, Paris, 2021

Élizabeth Ballet
Lazy Days, 2017
Vue de l’exposition Presqu’île
Parc de Sculptures
Photo : Ville d’Amilly
Courtesy de l’artiste
et des Tanneries – CAC, Amilly
© ADAGP, Paris, 2021

Philippe Ramette
Funambule, 2011
Vue de l’exposition Presqu’île
Parc de Sculptures
Photo : Simon Castelli-Kérec
Courtesy de l’artiste
et des Tanneries – CAC, Amilly
© ADAGP, Paris, 2021

Nathalie Brevet_Hughes Rochette
De Loing en loin, 2015
Vue de l’exposition Presqu’île
Parc de Sculptures
Photo : Simon Castelli-Kérec
Courtesy de l’artiste
et des Tanneries – CAC, Amilly

Jacques Julien
Les Géants, 2016
Photo : Simon Castelli-Kérec
Courtesy de l’artiste et des Tanneries — CAC, Amilly
© ADAGP, Paris, 2021

Visible dans le Centre-Bourg d’Amilly

Nicolas Daubanes
Sabotage 9, 2020
Photo : Simon Castelli-Kérec
Courtesy de l’artiste et des Tanneries — CAC, Amilly
© ADAGP, Paris, 2021

Visible dans le Centre-Bourg d’Amilly

UN COMMISSARIAT D’ÉRIC DEGOUTTE

ARTISTES : ELISABETH BALLET, NATHALIE BREVET_HUGHES ROCHETTE, JENNIFER CAUBET, NICOLAS DAUBANES, ERIK DIETMAN, OSMAN DINÇ, ANTOINE DOROTTE, JACQUES JULIEN, CÉCILE LE TALEC, PHILIPPE RAMETTE, BERNHARD RÜDIGER, PIERRE TUAL.

Inaugurée au même moment que les espaces intérieurs du centre d’art contemporain en septembre 2016, Presqu’île, l’exposition extérieure du Parc de Sculptures des Tanneries – Centre d’art contemporain adresse un clin d’œil à la physionomie du site sur lequel s’est construite l’usine historique, une étendue semi-naturelle de 3 hectares marquée par sa forme triangulaire, enlacée par deux bras du Loing convergeant à sa pointe. L’ensemble d’œuvres monumentales qui s’y déploie est issu d’emprunts ou de dépôts de longue durée – parfois plusieurs années – de la part des artistes, de leurs galeries ou encore d’institutions.


UNE PREMIÈRE IMPLANTATION – PRESQU’ÎLE « HISTORIQUE »

En parallèle du chantier de réhabilitation du site mené par l’architecte Bruno Gaudin entre 2014 et 2015, les paysagistes Christophe PONCEAU et Mélanie DREVET ont proposé, pour le parc, un aménagement paysager reposant sur une régulation naturelle de la végétation endémique. Respectant la richesse et l’évolution des espèces végétales de l’ancienne friche, des allées tondues dessinent des circulations et des balades possibles, invitant chacun à dessiner sa trajectoire personnelle au gré des évolutions saisonnières.

Jouant de cette invitation à la promenade et à la flânerie, l’ensemble d’œuvres inauguré en septembre 2016 en même temps que les espaces intérieurs du centre d’art invite le promeneur à questionner les relations entre le corps et l’espace. Qu’elles se présentent en lignes déployées, en forme compactées, en points d’arrêt ou en fragments dispersés, les sculptures amorcent et préparent à l’échelle monumentale, depuis l’extérieur, ainsi qu’à la diversité des jeux de formes à découvrir dans les espaces d’exposition.

À l’extrême pointe de la presqu’île se trouve une des premières œuvres réalisées spécialement pour le lieu par le duo d’artistes NATHALIE BREVET_HUGHES ROCHETTE : De Loing en loin (2015). Zigzaguant entre les arbres là où se rencontrent les deux bras de rivière, cette passerelle en acier galvanisé et caillebotis constitue aussi bien un tracé au sol qu’un point de contemplation qui cristallise une particularité topographique. Elle est caractéristique en cela du travail des deux artistes qui cherchent, au travers de leurs interventions, à prendre la mesure des lieux pour en transformer la perception.

Érigée près de la pointe du parc, l’œuvre cubique de Jennifer CAUBET intitulée Shelter (2016) a été réalisée dans le cadre de la première résidence accueillie par le centre d’art. Faite de plaques vitrée soutenues par une armature métallisée, la structure est pénétrable, s’engageant en cela dans le registre architectural que confirme son titre (« abri » en anglais). Son jeu de transparences perturbe et transforme la vision, invitant à en reconsidérer les points de vue. Entre l’œuvre et le bâtiment principal du centre d’art s’établissent un jeu et un parallèle de fonction – espaces architecturés dédiés au regard – et de formes – Shelter reprenant également la physionomie emblématique de la Verrière.

Dans son travail, Élisabeth BALLET s’intéresse aux questions de déplacement dans l’espace, aux interrelations entre les œuvres et leur contexte de présentation, à la position de celui qui les regarde. L’œuvre Lazy Days (2012) qui trouve sa place à la hauteur du feuillage des arbres, est un lettrage de néons en plexiglas noir empruntant au registre des slogans publicitaires et des bannières de magasins. Initialement imaginée comme un détournement d’enseigne prenant à contrepied le cadre urbain et affairé dans lequel elle était présentée, l’œuvre a été revisitée par l’artiste en 2012 pour s’ajuster à un cadre plus naturel et paysager. Au sein de Presqu’île, l’expression anglaise « lazy days » (littéralement « jours paresseux » en français) souligne désormais l’esprit de promenade ouverte et poétique dans lequel on découvre le parc.

Visible depuis la rue des ponts, la Misteriosa Bola (2011) d’Antoine DOROTTE , est une sphère monumentale recouverte d’une parure d’écailles de zinc miroitantes dont l’assemblage renvoie autant à des carapaces animalières qu’au registre de la science-fiction et de la space-fantasy. L’univers biomorphique mâtiné de culture pop de l’artiste se recoupe avec des enjeux de fabrication de formes assez complexes – ici une charpente géodésique dissimulée par le métal. L’œuvre convie à imaginer les potentiels d’une éclosion future, dont la symbolique d’éveil et d’histoire en devenir rejoint celle du centre d’art dont elle a accompagné l’inauguration.

Un des premiers artistes ayant travaillé sur les friches amilloises en 2012, Pierre TUAL, a imaginé l’œuvre Renouée du Japon (2012) dans un dialogue entre sa propre pratique et les particularités du site. Le titre de l’œuvre reprend le nom d’une espèce désormais endémique, florissant dans les friches industrielles et les abords de rivière. Leur couleur et leur froissement évoque en séchant à l’automne celle de la rouille et de la corrosion de pièces de métal, dont la présence éparpillée a longtemps caractérisé le site des Tanneries, durant la période d’abandon qu’il a traversée entre les années 1970 et 2000.

Sillonnant entre les arbres, le Funambule en métal peint de Philippe RAMETTE (2011) dessine la trajectoire improbable d’un corps absent, invitant à suivre son tracé les yeux tournés vers le ciel. Coutumier des formes sculpturales et performatives introduisant dans le réel des situations poétiques et décalées, Philippe Ramette a pu trouver dans Presqu’île une occasion de présenter cette œuvre originellement pensée pour l’extérieur, qui n’avait jusque-là pu être exposée qu’en galerie.


NOUVELLES ŒUVRES, NOUVELLE FORME D’HISTOIRE

Entre 2018 et 2020, Presqu’île a accueilli en son sein de nouvelles œuvres, engageant son renouvellement et son enrichissement progressifs. Lorsque celles-ci n’ont pas été spécifiquement imaginées pour le parc, leur installation au sein du site se caractérise néanmoins par une évolution subtile de leur signification à l’aune de ce nouveau contexte, invitant à rouvrir le champ des interprétations dans l’écrin architectural et paysager qui les accueille aujourd’hui ; elles en accompagnent, en retour, le travail de mise en récit et d’écriture de la propre histoire du centre d’art, à l’œuvre depuis 2016.

Tel un gardien protecteur saluant les visiteurs à leur arrivée, Frère de Dieu (2002) dresse son allure ambigüe à l’entrée du parvis. Initialement réalisée par l’artiste Erik DIETMAN à l’échelle d’une figurine d’argile de 15 cm, on y décèle selon l’angle de vue l’empreinte des doigts de l’artiste – désormais ceux d’un géant – ou encore un profil cornu, une créature ailée… Installée à l’occasion de l’exposition collective Formes d’Histoires (avril – août 2018), dont Erik Dietman était une des figures tutélaires, elle accompagne désormais les régulières métamorphoses du lieu.

La silhouette hiératique et ombrageuse en métal peint de la Fontaine à la pluie (2013) s’érige à proximité de l’allée des tilleuls. Réalisée par le sculpteur turc Osman DINÇ, elle évoque une figure totémique tout en intégrant une esthétique épurée rappelant presque une architecture moderniste. L’artiste puise dans les éléments naturels, le corps, l’outil, ou encore certains motifs et figures extra-occidentaux pour dégager des formes archétypales qu’il conduit vers l’abstraction. Détachées de leur contexte d’origine, celles-ci explorent l’universalisme du langage plastique et visuel.


UNE DEUXIÈME PHASE DE RENOUVELLEMENTS – DES DIALOGUES AFFIRMEÉS ENTRE ESPACES INTERIEUR ET EXTERIEUR

En 2020, une nouvelle série d’œuvres trouve place au sein du parc, préparant et accompagnant les expositions d’artistes au sein des espaces intérieurs (Cécile Le Talec – Atlas / Partitions silencieuses, Verrière, octobre 2020 ; Bernhard Rüdiger – Chambre double, ensemble des espaces, juin 2021) dans le cadre de la 5èmesaison – et année d’existence – du centre d’art. Soulignant la porosité caractéristique et l’aisance de circulation physique et visuelle entre les espaces intérieurs et extérieurs de l’ancienne tannerie, elles participent aussi de l’amplification et de la diversification des jeux de visibilité et de « display », de formes, d’échelles et de langages qu’autorise le lieu aux artistes.

Le travail de Cécile LE TALEC est marqué par son exploration des relations entre musique, langage, écriture et territoire, jouant volontiers de transpositions variées d’écriture sonore à une forme visuelle, graphique et spatiale. L’œuvre Folies mélodiques, réalisée en 2019 au Château de Bouges (Indre) est constituée, d’une part, de Dance-floeurs, composition sonore réalisée à partir des pulsations électriques émises par des plantes, des arbres ainsi que de chants d’oiseaux. Elle se double d’une sculpture architecturale, Ombrière, à la fois arche, tonnelle ou volière reprenant graphiquement les mêmes captations sonores. Réinstallée aux Tanneries en 2020, la grande arche blanche invite à la traverser. Entre les éclairs d’un orage et les rythmes saccadés d’un encéphalocardiogramme, la sculpture vient souligner, par ses lignes au graphisme épuré, la dimension synesthésique du travail de l’artiste.

Arrivée la plus récente de Presqu’île, l’œuvre intitulée Siècle XXI ! (2007) de l’artiste Bernhard RÜDIGER prend la forme d’une grande cloche juchée sur un immense trépied, que chaque visiteur peut sonner, faisant résonner avec forces vibrations un son à la fois puissant et familier. Matérialisant un seuil, un lieu de vie ou de travail – tel qu’en sont Les Tanneries –, elle s’inscrit également dans les réflexions menées par l’artiste autour du temps, de la mémoire et de l’Histoire, de leurs formants comme de leur devenir. À travers l’évocation historique des cloches servant autrefois à donner l’alerte, Siècle XXI ! établit un lien entre le siècle écoulé et celui dont les débuts, déjà, sont troublés.


PROLONGEMENTS VERS LE CENTRE-BOURG

À partir de décembre 2020, renouant avec un des marqueurs forts du programme d’aménagement urbain exceptionnel mené par la Ville d’Amilly depuis les années 1990, s’ouvre – tout en la renouvelant – une nouvelle page de l’histoire d’installations de sculptures monumentales sur le territoire de la commune, autant qu’il facilite et encourage les circulations entre le Centre-Bourg et le Parc de Sculptures du centre d’art en élargissant le périmètre d’intervention de ce dernier par-delà les rives de la Presqu’île.

En contrebas de la Ferme du Bourg – ensemble architectural conçu par Sylvain Dubuisson en 2007 pour accueillir des services de la Ville d’Amilly –, les silhouettes en aluminium peint de l’artiste Jacques JULIEN, intitulées Les Géants (2016) semblent se livrer à une gymnastique aléatoire ; assises, à genoux ou allongées, elles évoquent les différents états de la levée d’un corps. Elles entretiennent avec drôlesse une certaine ambiguïté entre la mise en scène d’une petite histoire et un « simple » jeu de formes, abstraites et épurées, dans l’espace. Cette ambivalence est caractéristique de la recherche de l’artiste qui explore les possibilités de la sculpture, en puisant, au gré de ses projets, tout autant dans l’Histoire de l’art que dans celles du dessin animé et de l’animation ou encore dans les codes graphiques et architecturaux des installations sportives.

En remontant vers le bureau de Poste, on rencontre l’œuvre Sabotage 9 (2020) de Nicolas DAUBANES qui repose sur une autre approche de la sculpture. Prenant la forme d’un escalier en colimaçon déposé au sol – comme immobilisé entre construction et destruction –, l’œuvre est réalisée dans un béton fragilisé par une certaine quantité de cristaux de sucres introduits dès les phases de moulage et de coffrage de la forme ; phases complexes et réalisées d’un seul bloc. L’artiste s’inspire en cela des gestes de sabotage effectués durant la Seconde Guerre mondiale par les résistants qui opéraient de la même manière pour fragiliser les constructions fortifiées allemandes. À travers la reprise référencée de ces gestes, l’artiste souligne la manière dont s’entre-façonnent l’Histoire et la vie des individus, puisant dans la réalité physique et la puissance d’évocation des matériaux les formants de ses questionnements essentiels et existentiels. Contenant les principes mêmes de sa fragilisation et de sa disparition, Sabotage 9 est amenée à se dégrader progressivement au fil des intempéries, s’ouvrant ainsi à la poésie des ruines et aux effets imprévisibles du passage du temps.