Ludovic Chemarin©
Ronds dans les arbres, 2020
Vue de l’exposition Ludovic
Photo : Aurélien Mole
Courtesy de l’artiste
et des Tanneries — CAC, Amilly

Ludovic Chemarin©
Ronds dans les arbres, 2020
Vue de l’exposition Ludovic
Photo : Simon Castelli-Kérec
Courtesy de l’artiste
et des Tanneries — CAC, Amilly

Ludovic Chemarin©
Parasite, 2020
Vue de l’exposition Ludovic
Photo : Aurélien Mole
Courtesy de l’artiste
et des Tanneries — CAC, Amilly

Ludovic Chemarin©
Pots d’herbe, 2020
Vue de l’exposition Ludovic
Photo : Aurélien Mole
Courtesy de l’artiste
et des Tanneries — CAC, Amilly

Ludovic Chemarin©
L’île, 2020
Vue de l’exposition Ludovic
Photo : Aurélien Mole
Courtesy de l’artiste
et des Tanneries — CAC, Amilly

Ludovic Chemarin©
L’île, 2020
Vue de l’exposition Ludovic
Photo : Simon Castelli-Kérec
Courtesy de l’artiste
et des Tanneries — CAC, Amilly

Ludovic Chemarin©
Kentia©, 2020
Vue de l’exposition Ludovic
Photo : Simon Castelli-Kérec
Courtesy de l’artiste
et des Tanneries — CAC, Amilly

Artiste : Ludovic Chemarin© / Commissaire d'exposition : Éric Degoutte

Pour son troisième temps d’exposition aux Tanneries, Ludovic Chemarin© investit le Parc de Sculptures renouant ainsi avec les installations paysagères – entre leurres et objets détournés – de Ludovic Chemarin, « artiste-source » du projet sur lequel se focalise ce dernier volet d’une trilogie qui fonctionne à rebours. Initiée sur le temps de la dernière saison artistique – Figure[s], son final s’envisage désormais dans une nouvelle dimension : celle du Dis] Play Off [Line, faisant ainsi honneur aux déplacements, glissements, chevauchements et autres entremêlements, entre la figure – les figures – et le jeu – de rôles et de dupes – qui structurent et innervent l’œuvre de l’artiste copyrighté.

À la suite de Benoît, Christophe, Delphine, Gaël, Laura, Nathalie, Olivier (Grande Halle – automne 2019) et de Damien & P. Nicolas (Espaces d’accueil – hiver, printemps et été 2020), l’exposition Ludovic s’impose comme point d’orgue, comme une fin qui n’en est pas une et qui invite à remonter le cours des choses pour revenir sur les séquences initiées autour des autres figures qui incarnent le projet. Il s’agit pourtant ici de mettre en avant Ludovic en déployant les formes de sa présence-absence déposée comme celles de la présence collectée de ses productions passées, matériaux même du dispositif artistique. Ce retour aux sources, à la source, trouve d’ailleurs son paroxysme dans le choix de faire littéralement intervenir pour la toute première fois Ludovic Chemarin en tant que contributeur actif du projet.

Profondément ambivalent, ce retour à la création d’un homme dont l’actuelle destinée est pourtant marquée par son renoncement – depuis 2005 – à poursuivre une carrière d’artiste constitue également une expérience inédite particulièrement marquante au sein de la démarche de Ludovic Chemarin©, entre âpreté, générosité et dépassement – de soi, du projet. Pour honorer cette collaboration avec son alter ego copyrighté – entité et altérité qui le prolonge, le dépasse et le démultiplie – Ludovic Chemarin présente un geste sculptural in situ qui pose d’emblée la question du double. D’une part, il réalise une forme proche de celle d’une bouée – motif récurrent de son œuvre passé – qui, creusée dans le sol, laisse émerger une petite île inaccessible recouverte de gazon en son centre. D’autre part, il en produit la contre-forme : une bosse au sol constituée d’un volume de terre destiné à être recouvert – au fil du temps – par la végétation.

À la faveur d’un dispositif en miroir ou encore en négatif, l’artiste-source – pour l’heure réactivé – instaure un dialogue entre les vides et les pleins, ce qui est visible et ce qui ne l’est pas (encore), la forme et l’informe et fait par ailleurs émerger un double système d’écho à ses créations antérieures, que ce soit directement, par le biais du souvenir que le regardeur pourrait en avoir (Pots d’herbe, Parasite bouéeChaise bouée et Chaise bouée sur l’eau – 1998) ou encore indirectement, par la présence à proximité des œuvres de Ludovic Chemarin© qui en sont autant de réactivations (Parasite, 2020), d’adaptations (Ronds dans les arbres, 2020) et de réinterprétations (Pots d’herbe, 2020).

Semblant prôner une poétique de la « reviviscence programmée », Ludovic Chemarin© poursuit ses investigations et expérimentations croisées sur les interrelations – essentielles dans son travail – entre l’œuvre, le protocole, l’artiste/les artistes et leurs mises en récits. Prenant à rebours l’histoire construite depuis 2011 et les formes qui lui sont attachées – qu’elles soient liées au passé de Ludovic Chemarin ou encore indexées au présent des contributeurs –, il prolonge ici son questionnement incessant des statuts de l’artiste et de l’œuvre dont il révèle les caractères profondément polymorphe et plurivoque, tout en mettant à l’épreuve nos perceptions du champ et du hors-champ de la création en en gommant les seuils.

Ludovic est aussi l’occasion pour Ludovic Chemarin©, au détour des cinq gestes sculpturaux dispersés sur l’ensemble du Parc de Sculptures, de mettre en lumière l’aspect plastique, esthétique et poétique de sa démarche ; véritable reflet de l’œuvre originel de Ludovic Chemarin dont les métamorphoses successives à travers Ludovic Chemarin© reposent sur des mises en abîmes parfois vertigineuses.

Tout se passe alors comme si Ludovic était une manière de boucler une boucle. On peut cependant gager que, à l’instar des Ronds dans les arbres, ce sentiment ne soit qu’une parfaite illusion, un trompe-l’œil, un jeu de plus contribuant à faire bouger les lignes de systèmes et catégories de l’art jugées obsolètes tout en questionnant le regardé et le regardeur avec l’espoir comme ligne d’horizon.


AUTRES EXPOSITIONS DE L’ARTISTE EN COURS

Kentia : une plante sans qualité ?, Cabinet du livre d’artiste, Rennes, du 8 octobre au 26 novembre 2020 / Exposition programmée autour de la sortie du livre Kentia, publié aux Éditions Incertain Sens.