CHAMBRES AVEC VUES
Du 7 février au 12 avril 2026Visuel officiel de l’exposition Chambres avec vues de Florence Chevallier
Toucher Terre, Florence Chevallier / ©Florence Chevallier, ADAGP, Paris, 2026
L’exposition de Florence Chevallier a été conçue en dialogue avec Fabrice Bourlez, commissaire de l’exposition, psychanalyste et philosophe.
Chambres avec vues évoque, des architectures intérieures, imaginaires, mémorielles, comme autant d’espaces à traverser pour réinventer la vision. Chaque « chambre » — à commencer par celle de l’appareil photographique — tisse un dialogue entre intimité et extériorité, à la lisière du concept psychanalytique d’« extimité » : l’intime ne s’y révèle qu’à travers la rencontre avec le dehors — depuis la dépossession qui advient en nous par les souvenirs, le silence, les traumas et toutes les altérités qui nous hantent.
L’exposition s’inscrit dans la Saison 8ter, dernière étape d’une programmation triennale intitulée Nos Maisons Apparentées, qui met en dialogue l’idée de maison comme lieu d’identité, de mémoire, de transmission et de résistance à travers le prisme des rapports à l’espace, aux corps et à l’architecture, tissant des liens subtils entre les artistes et le site. À travers les saisons, Les Tanneries ont développé une programmation riche et plurielle, mêlant générations, disciplines et médiums. Des sculptures de Vincent Barré dans A Family of Rooms (7 juin – 19 octobre 2025) aux propositions plus récentes, le centre a exploré la fabrique de l’espace habité, les formes fragmentaires et la sensibilité au lieu comme ce qui façonne nos vies, nos corps et nos relations. Claire Trotignon, avec L’intimité des temps (22 novembre 2025 – 1er février 2026), propose des architectures mentales et fragiles du souvenir, tandis que Boris Chouvellon, avec Shooting star (22 novembre 2025 – 12 avril 2026), développe des structures hybrides et modulables, oscillant entre ruines et utopie collective.
S’inscrivant dans le fil de ces explorations artistiques, Chambres avec vues prolonge ces recherches en offrant une expérience sensible et plastique où les corps et les regards se mettront en relation avec les altérités du vivant : végétaux, animaux, paysages urbains, corps et gestes.
L’exposition de Florence Chevallier se réclame de l’esprit de Virginia Woolf. Une chambre à soi(1) insistait sur l’importance de disposer d’un espace propre, d’un lieu de liberté pour parvenir à créer. La chambre photographique de Florence Chevallier vaut comme la doublure, au sens vestimentaire du terme, de la chambre à soi de Woolf.
Cofondatrice du groupe Noir Limite(2) dans les années 1980, l’artiste a inscrit son travail dans une scène artistique contestaire. Elle a débuté son parcours par une série de photographies en noir et blanc qui interrogent la construction du féminin et de la sexualité depuis un regard de femme. Elle a poursuivi cette réflexion à travers des figures de reines, d’icônes, de mortes ou d’Ophélie. Des scènes de couple et des compositions allégoriques ont succédé à ces autoportraits. Dans chacune de ces séries distinctes, l’artiste a exploré les tensions entre intime et politique, fiction et réalité. Elle y a fait passer la femme d’objet du regard photographique à véritable sujet de la représentation. Son travail, très plastique, critique les normes de façon tout à la fois charnelle, conceptuelle, engagée et poétique.
Aux Tanneries, pour la mise en espace de ses œuvres, Florence Chevallier a dialogué avec Fabrice Bourlez. Plutôt que d’aborder le travail de l’artiste selon une succession chronologique, leurs regards croisés ont opté pour une mise en perspective de la logique qui se fait jour entre les différentes séries qui se sont déployées en quarante ans d’images. Il s’en dégage une attention minutieuse aux gestes, à la matière, aux détails, aux figures, à l’ambiguïté de nos êtres et de nos sentiments. Les coupures et les coutures qu’y ont été opérées entre les multiples séquences photographiques ont permis de dégager une architecture. Les chambres avec vues se présentent comme un dispositif où chaque spectateur·ices expérimente l’intime comme relation au monde. Les corps, tournés vers l’objectif mais aussi vers les autres, constituent le point de convergence de cette extimité comme expérience de proximité et d’éloignement, de séparation dans le rapprochement.
Chaque chambre de l’exposition réunit donc plusieurs tirages issus de séries remontant à des époques différentes du travail de Florence Chevallier. Le Bonheur (1993) investigue l’intimité d’un couple et la solitude partagée. 1955, Casablanca (2000) revisite les paysages de l’enfance que l’artiste a passée au Maroc. Entre scènes de rue, portraits et détails architecturaux, la série dévoile un territoire à la fois réel et mental où mémoire, exil et regard photographique s’entrelacent. Les images, frontales et silencieuses, témoignent d’un lien unique à la ville, à la lumière et à la distance. Toucher Terre (2005-2012) élargit les paysages : villes, villages et campagnes y apparaissent comme des espaces habités, où la vie se déploie à travers les gestes des habitants et les formes de l’architecture locale. La série relie l’observation attentive de lieux concrets à la sensibilité intérieure, créant un dialogue singulier entre expérience vécue et représentation poétique. Éblouissement (2019) et Illumination (2024) jouent de la lumière, de la couleur et du cadrage pour créer une expérience sensorielle où le sacré et le merveilleux se mêlent à la réminiscence, au mythe et au profane. Jardin d’oiseaux (2020) prolonge cette exploration, articulant nature, motif et temps en révélant des tensions entre archaïsme, transformation et plaisir esthétique. Floraisons (2022) renoue avec l’autoportrait.
Chacune de ces séries a une direction précise et des enjeux définis. En les mélangeant, en les rapprochant, en les accostant, un autre fil conducteur se fait jour. Désir et mort, solitude et interaction, tragique et joie se conjuguent sans cesse dans les images de Florence Chevallier. Elles mettent les spectateur·ices face à l’indécidabilité du réel. La lumière, la couleur et les formes plastiques jouent un rôle central dans l’exposition. Chaque geste visuel, chaque cadrage, chaque déploiement chromatique y touche les spectateur·ices et les laissent éprouver une pensée incertaine, en mouvement perpétuel, à la fois sensorielle et réflexive. Dans Chambres avec vues, la photographie se fait médium de transformation. Elle ne se contente pas de représenter la réalité, elle agit sur les corps, la conscience et l’expérience sensible. Face au réel, elle met nos yeux en apnée.
Florence Chevallier s’inspire aussi de récits anciens et de formes littéraires. Les images qu’elle tisse échappent au spectaculaire, à la surabondance des clichés prêts-à-porter. Elles s’ancrent plutôt dans la matière et dans les corps.
L’ensemble du parcours d’exposition s’articule autour d’un « jardin ». Cette installation photographique, spécialement conçue pour l’occasion, s’inspire avec discrétion des patios des maisons marocaines. On y déambule à la manière de la Gradiva(3) : marche et rêverie y construisent un dialogue entre ruines, fantaisie et perceptions hallucinées. Ce jardin intérieur relie toutes les chambres entre elles. En le sillonnant, on effectue des allers-retours entre passé et présent, intimité et rencontre, solitude et communauté. Au sein de chaque image de l’accrochage découle une contiguïté entre mémoire sensible, héritages artistiques, gestes quotidiens et expérience esthétique.
Dans une époque saturée d’images, Chambres avec vues souhaiterait s’affirmer comme un acte de résistance : ouvrir un espace habitable pour l’émotion, la pensée et le regard critique ; proposer un regard renouvelé sur le corps, l’intime, la photographie et présenter des narrations visuelles inédites ; inviter le spectateur à entrer dans une déambulation à la fois intime, partagée et profondément vivante.
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(1) Virginia Woolf, Un lieu à soi (également publié sous le titre Une chambre à soi), traduit de l’anglais par Marie Darrieussecq, Paris, Éditions Gallimard, Collection Folio, 2020.
(2) Le collectif Noir Limite est fondé en 1985 par Florence Chevallier, Jean Claude Bélégou et Yves Trémorin.
(3) Gradiva est une figure issue du roman éponyme de Wilhelm Jensen (1903), considérée à de multiples reprises, comme symbole de la marche, de la rêverie et comme voie d’accès à l’inconscient et à la mémoire.
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VERNISSAGE SAMEDI 7 FÉVRIER 2026 DÈS 14H30
>> NAVETTE GRATUITE PARIS < > LES TANNERIES
Aller : départ 5 avenue de la Porte d’Orléans, 75014 Paris, à proximité immédiate de la statue du Général Leclerc, à 13h
Retour : départ depuis Les Tanneries à 19h
>> NAVETTE GRATUITE GARE DE MONTARGIS < > LES TANNERIES
Aller : départ depuis la gare de Montargis, côté rue Saint-Laurent (gare routière) à 15h15 (en lien avec le TER au départ de Gare Paris-Bercy à 14h11 < > arrivée Gare de Montargis à 15h08)
Retour : départ depuis Les Tanneries à 19h (en lien avec le TER Gare de Montargis, départ 19h50 < > Gare de Paris-Bercy, arrivée 20h49)
Inscription aux navettes obligatoire avant le 6 février 2026. Pour réserver une ou plusieurs places, veuillez communiquer votre nom et numéro de téléphone par mail ou par téléphone : contact-tanneries@amilly45.fr / 02.38.85.28.50
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Les artistes programmé.e.s au fil de la saison #8Ter – Nos maisons apparentées
Cycle 1
1er novembre 2025 : Inauguration de la troisième saison artistique d’un cycle de programmation de trois années intitulé Nos maisons apparentées
*Exposition Hommage de Claude Pasquer, Galerie Haute, jusqu’au 4 janvier 2026. Dans le cadre du Festival AR(t]CHIPEL 2025, porté par la Région Centre-Val de Loire, en collaboration avec le Centre Pompidou.
22 novembre 2025
*Exposition L’intimité des temps de Claire Trotignon, Verrière et Petite Galerie, jusqu’au 1 février 2026.
*Exposition Shooting star de Boris Chouvellon, Grande Halle, jusqu’au 12 avril 2026.
Cycle 2
7 février 2026
*Exposition Chambres avec vues de Florence Chevallier, commissariat Fabrice Bourlez, Galerie Haute, jusqu’au 12 avril 2026.
28 février 2026
*Exposition Dispositifs-mondes de Camille Sauer dans le cadre de sa résidence territoriale initiée en septembre 2025, Verrière et Petite Galerie, visible jusqu’au 26 avril 2026.
Cycle 3
30 mai 2026
*Exposition Astraction, abstractions !, commissariat de Thierry Davila, Grande Halle, Galerie Haute, Petite Galerie, Verrière, visible jusqu’au 13 septembre 2026.
27 et 28 juin 2026 (sous réserve)
* Les (F)estivales 2026 week-end estival de rencontres artistiques, de performances, de concerts et de projections.
Cette saison 8Ter sera ponctuée, comme les saisons précédentes, de rencontres avec les habitants du territoire Loirétain, traduisant l’engagement du Centre d’art contemporain d’intérêt national à être impliqué fortement sur son territoire. Pour cela le Centre d’art contemporain accueille Camille Sauer en résidence territoriale dès à présent. Dans le rapport de proximité permis par ces dispositifs, elle interroge les façons d’habiter nos espaces de vie à travers des temps croisés de création et de pensée.