Suzanne Husky, Sleeper Cell, 2011

Courtesy Thomas Raynaud (BuildingBuilding)

UN COMMISSARIAT D'ABDELKADER DAMANI, LUCA GALOFARO ET ÉRIC DEGOUTTE

ARTISTES : Suzanne Husky (invitée par Les Tanneries),                      Thomas Raynaud (Biennale d'architecture)  

Dans le cadre de la Biennale, le centre d’art invite Suzanne Husky à construire une Sleeper Cell pour la Verrière. Cette structure à forme d’igloo est réalisée en bois. Émergent directement du sol, elle évoque les premières habitations humaines. Cette construction ouvre aussi sur le registre animal de l’abri, du terrier, du cocon ou du nid. Elle télescope ainsi différents règnes, fait migrer des formes et des modes de vie en un mouvement fluide, proche des transports imaginaires de l’enfance. Les préoccupations de l’artiste sont également environnementales, inspirées par les pratiques d’individus repensant les conditions premières de leur habitat de façon alternative, en vivant de manière simple et dépouillée. L’anthropologie, ou la sociologie de l’habitat innervent sa réflexion artistique.

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Après sa formation à Paris et à Hong-Kong, Thomas Raynaud aborde, au sein de son agence Building Building fondée à Paris en 2007, la question du paysage et de la réhabilitation. Il s’intéresse pour la Biennale à Pirou-Plage, petite station balnéaire sur la côte ouest du Cotentin. Tristement célèbre pour être devenue un « village fantôme » de plus de quatre-vingt villas qui, à cause d’une mauvaise gestion, n’ont jamais pu être habitées, le site s’est peu à peu dégradé. Dans ce contexte, il envisage un geste minimal marquant le tracé d’une limite : un petit équipement public isolé sur le sable, une retenue d’eau . deux bassins en béton, construite après-guerre et située à une centaine de mètres du littoral, sur le front de mer. Les rectangles disparaissant au gré des marées qui les remplissent, rejouent de façon cyclique les efforts de l’architecture à domestiquer la nature avant d’être submergée. Ces deux structures élémentaires, simples tracés que l’architecte considère comme le degré zéro de ce type d’infrastructure, les rattachent à une définition essentielle de l’acte architectural : une délimitation de l’espace. C’est sur la ligne de cette partition que s’appréhende le monde, et plus particulièrement ici que se perçoit, en nageant dans la piscine, l’image du paysage dont le village a disparu.