* Sélection *


Visuel officiel de l’exposition Résurgence
Photo : Margot Montigny
Courtesy Martine Aballéa

* Inspiration *


Martine Aballéa
Eau végétale (La Source), 1999
Photographie

* Inspiration *


Martine Aballéa
La Source, 2016
Installation

in Le bois de Luminaville, École municipale des Beaux-Arts / Galerie Édouard Manet, 2016
Photo : Margot Montigny
Courtesy Martine Aballéa

* Inspiration *


Federico Fellini
Casanova, 1976
Photogramme

* Inspiration *


James Whale
La Fiancée de Frankenstein, 1935
Photogramme

* Inspiration *


Architectographe
Instruments de chimie

* Prospection *


Seringue

Collection du Musée du Verre et de ses Métiers de Dordives
Photographie d’inventaire
Courtesy Musée du Verre et de ses Métiers de Dordives

* Prospection *


Condenseur pour appareil à eau distillée de l’usine Sovirel

Collection du Musée du Verre et de ses Métiers de Dordives
Photographie d’inventaire
Courtesy Musée du Verre et de ses Métiers de Dordives

* Prospection *


Prisme

Collection du Musée du Verre et de ses Métiers de Dordives
Photographie de constat d’état
Courtesy Musée du Verre et de ses Métiers de Dordives

L'espace Studiolo est pensé comme le prolongement digital expérimental de l'atelier partagé, en amont des expositions, par les artistes et les membres de l'équipe des Tanneries - que ce dernier soit physique ou encore mental.
Le studiolo consacré à l'exposition Résurgence de Martine Aballéa - initialement prévue du 4 avril au 24 mai 2020 dans la Grande Halle - propose une immersion dans la phase d'élaboration et de mise en œuvre de l'exposition à travers le partage renouvelé de contenus associés permettant d'en saisir les étapes et les évolutions jusqu'à son vernissage reporté au 23 janvier 2021.

Il existe un lieu traversé par l’eau depuis des siècles. Elle modèle le paysage, mais elle a aussi été détournée par la présence humaine. Aujourd’hui un liquide différent surgit de ces anciennes routes souterraines. Il en résulte une substance fluide particulière. Son extraction donne des ondes brillantes de bleu et d’or qui illuminent l’espace avant de s’enfouir à nouveau dans les profondeurs.

Martine Aballéa, mars 2020

 

Pour son projet à venir aux Tanneries, Martine Aballéa (née en 1950 à New York, vit et travaille à Paris), philosophe des sciences de formation, envisage de transformer la Grande Halle en un laboratoire aux étranges éclats propice au déploiement d’une véritable science-fiction.

Puisant dans les caractéristiques architecturales de la Grande Halle — figures du passé industriel des Tanneries —, l’artiste rêve un dispositif irrigué d’un ou de mille récits autour du postulat de départ suivant, énoncé sur le registre d’un « il était une fois » : un laboratoire a été installé au cœur même du centre d’art pour assurer l’étude et l’exploitation d’une résurgence centrale — naturelle comme industrielle, mais aussi plastique.

S’esquisse alors dans l’imaginaire de Martine Aballéa une grande vague textile bleue, scintillante et flottante, qui viendra recouvrir, en une ondulation aérienne et ascendante, les cuves dans lesquelles circulait l’eau du Loing déviée jadis par les tanneurs. Fixée sur des étals animés par des agencements alambiqués d’éprouvettes, de ballons à fond rond, d’entonnoirs de laboratoire, de réfrigérants en verre, de fioles Erlenmeyer et d’autres fioles jaugées (1), l’onde iridescente  s’élancera le long de la Grande Halle pour venir se déposer, plus loin, aux pieds des promeneurs curieux.

Résurgence… Un songe qui émergera d’un antre plongé dans le noir à la faveur d’éclairages et de jeux de lumière cinématographiques qui viendront renforcer les irisations de la vague turquoise et des colonnes mordorées qui l’entourent ainsi que les reflets et éclats des verres scientifiques ; ces éclairages contribuant ainsi au développement d’une atmosphère irréelle dans laquelle l’esprit se laissera aller et divaguer, au fil de l’eau. 

E la nave va… (2)

Martine Aballéa pense donc un décor déserté et fantomatique, une aquarelle blakienne, qui laissera une place toute particulière aux imaginaires des visiteurs qui viendront l’incarner. Quid de cette résurgence aux allures factices, produit de ses artifices ? Quelles pourraient être ses propriétés ? Le mystère laisse libre cours à des spéculations toutes cathartiques. Chacun sera libre de se faire des films. (3)

À travers la future mise en scène d’une nature dénaturée — évoquée comme invoquée — et d’un réel déréalisé qui prévaudra comme une mise à distance propice à la rêverie, à la découverte d’un ailleurs, Martine Aballéa ré-emploiera un vocabulaire qui lui est propre pour introduire une figure narrative à la fois cyclique et linéaire qui se situera au croisement de l’épopée, de la tragédie et de la comédie.

De leur entremêlement au sein d’une esthétique néo-kitsch, où se mêleront l’authentique et le toc, naîtra une forme de grotesque fantastique et poétique qui ne sera pas sans rappeler les mises en laboratoire cinématographiques de La Fiancée de Frankenstein de James Whale (1935) ou encore les sacs et ressacs de la mer en plastique du Casanova de Federico Fellini (1976), deux œuvres dont les sources originelles remontent à la littérature du XIXè siècle.

Résurgence puisera donc dans de multiples résurgences : de thèmes, de motifs et autres champs lexicaux visuels qui parcourent l’ensemble de l’œuvre de Martine Aballéa, formant de véritables obsessions dont les contours se dessinent à l’aune de rêveries ambivalentes ponctuées de clartés et de mystères, d’étrangetés qui, au-delà du merveilleux, peuvent se faire parfois inquiétantes.

À travers l’imagination d’une installation onirique pleine de poésie bercée par un éclairage fantas(ma)tique, Martine Aballéa — toujours sur le fil, en bonne alchimiste ou funambule — projette la création d’un espace-temps singulier où s’entrecroiseront témoignages et narrations, fragments et mises en récits, fantasmes et illusions, mémoires et expériences, dans une oscillation constante entre vraisemblance et invraisemblance, réel et fiction, rêve et cauchemar, attraction et répulsion.

(1) – L’artiste est invitée a ré-agencer une sélection personnelle d’objets de laboratoire en verre industriel moulé issus des collections du Musée du Verre et de ses Métiers de Dordives.

(2) – Dans les inspirations de Martine Aballéa, on trouve des références au cinéma de Federico Fellini. Ici, on se souvient de la fameuse fin du film E la Nave Va (1983) dans laquelle Fellini ponctue le naufrage des deux navires par un travelling arrière qui dévoile les décors du film ainsi que le cinéaste et son équipe en plein tournage. La plasticienne partage avec le réalisateur une maîtrise parfaite des codes de la méta-poésie, allant aussi jusqu’à faire montre du processus de création au sein de ses œuvres en mettant continuellement en tension le décor, ses envers et leur magie, dans une forme de transfiguration du geste, de l’imaginaire, mais aussi de l’artiste.

(3) – « Le cinéma substitue à notre regard un monde qui s’accorde à nos désirs ». Ouverture du Mépris (1963) de Jean-Luc Godart, cette phrase attribuée par JLG à André Bazin est en réalité le remaniement, sous une forme légèrement différente, d’une phrase écrite par Michel Mourlet dans son article « Sur un art ignoré » (in Cahiers du cinéma n°98), à savoir : « le cinéma est un regard qui se substitue au nôtre pour nous donner un monde accordé à nos désirs ».


PARTENAIRES DE L’EXPOSITION

Avec l’aimable concours du Musée du Verre et de ses Métiers de Dordives.